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Article9 août 2026

Témoignage de Christine

Fatick, ou l’art d’apprendre ensemble
Petit reportage pour Enseignants sans frontières
Le lundi 13 juillet, à 13 heures, tout commence sur le quai de la gare de Sion. Deux lourdes valises, qui m’accompagnent vers l’inconnu. Trois semaines au Sénégal m’attendent, à Fatick, au cœur d’un projet porté par Enseignants sans frontières.
Vingt-cinq heures plus tard, le mardi 14 juillet vers 14 heures, je pose mes valises dans ma chambre.
La chaleur est écrasante, certes. Mais celle des personnes qui viennent nous accueillir l’est davantage encore.
Très vite, nous faisons la connaissance des personnes relais qui nous accompagneront durant tout le séjour. Leur disponibilité, leur attention et leur gentillesse créent immédiatement un climat de confiance. Une phrase revient sans cesse dans les conversations :
« On est ensemble. »
Au fil des jours, nous comprendrons que ce n’est pas une formule de politesse. C’est une façon de vivre.

À la rencontre des stagiaires
Le mercredi est consacré à la découverte des groupes et des stagiaires que nous allons accompagner tout au long de la formation.
Les premiers échanges sont parfois timides, souvent curieux, toujours respectueux. Derrière chaque regard se cache une histoire, un parcours, une motivation profonde. Certains enseignent déjà depuis plusieurs années. D’autres débutent leur parcours professionnel. Tous partagent cependant le même désir : apprendre pour mieux accompagner leurs élèves.
Et c’est sans doute là que réside la magie de ces stages.
Peu importe l’âge, l’expérience ou le parcours scolaire, chacun accepte de redevenir apprenant.

Quand la musique cherche sa place
Durant la première semaine, je coanime l’atelier musique avec Virginie Tine et Madame Diallo.
Rapidement, les échanges avec les stagiaires mettent en lumière une réalité que beaucoup d’enseignants connaissent : les horaires scolaires sont tellement chargés que les disciplines artistiques peinent parfois à y trouver leur place. Face aux matières jugées plus « sérieuses », la musique semble devoir défendre son droit d’exister.
Pourtant, à Fatick, il suffit de tendre l’oreille pour comprendre qu’elle est partout.
Un djembé résonne au loin.
Une chanson accompagne un remerciement.
Une danse vient célébrer une réussite.
Un chant valide une nouvelle approche pédagogique.
Chaque occasion devient prétexte à mettre le corps, la voix et le rythme au service de l’apprentissage.
La musique ne demande finalement qu’une chose : être reconnue comme une activité pédagogique à part entière.
Et lorsqu’on voit l’énergie qu’elle suscite, on se dit qu’elle a déjà gagné sa place dans les cœurs.

Des bancs brinquebalants et des enfants rayonnants
La deuxième semaine marque l’arrivée des enfants.
Chaque matin, ils viennent rejoindre les salles de classe, prenant place sur des bancs parfois bien usés, abîmés par les années. Certains grincent, d’autres vacillent dangereusement. Mais cela ne semble préoccuper personne.
Lorsqu’il manque de place, on se serre.
À deux.
Puis à trois.
Et parfois davantage.
L’essentiel n’est pas le confort.
L’essentiel est d’être là.
D’apprendre.
De participer.
De grandir.
Une leçon de simplicité dont nous repartons tous un peu plus riches.

Sous l’arbre, l’école de la bienveillance
Les stagiaires présentent progressivement leurs premières leçons.
Chaque midi, après les cours, le groupe se retrouve pour un temps de bilan. Pas dans une salle de conférence climatisée ni autour d’une table équipée des dernières technologies.
Non.
Assis sur une natte, à l’ombre d’un arbre.
Et c’est parfait ainsi.
Ces moments semblent suspendus hors du temps. Les remarques sont formulées avec respect, les conseils sont accueillis avec humilité, les succès sont célébrés collectivement.
Ce qui frappe alors, c’est la qualité de l’écoute.
La volonté sincère de progresser.
L’envie de construire ensemble.
Toutes les différences s’effacent peu à peu : les générations, les expériences, les origines, les parcours.
Ne demeure qu’une passion commune : enseigner mieux pour permettre aux élèves d’apprendre davantage.

Une aventure qui fait grandir bien au-delà du stage
La réputation du stage Enseignants sans frontières dépasse largement les frontières de Fatick. D’année en année, la liste d’attente s’allonge.
On comprend pourquoi.
Les stagiaires retournent ensuite dans leurs écoles avec de nouvelles idées, de nouvelles pratiques et une confiance renouvelée. Ils deviennent à leur tour des passeurs de savoirs, des démultiplicateurs de compétences.
Au fond, la plus belle réussite du projet est peut-être là.
Dans cette transmission qui continue longtemps après notre départ.
Dans cette onde positive initiée par les pionniers qui ont consacré tant d’énergie, de temps et de cœur pour faire vivre cette aventure.
Chaque été, leur engagement redonne des couleurs à l’école et anime les rues de Fatick lorsque les « toubabs » sont de retour.

Les nuits sénégalaises, ou la négociation avec la chaleur
Bien sûr, tout n’est pas toujours simple.
Les journées sont intenses.
Et les nuits aussi.
Le ventilateur, fidèle compagnon de chambre, se donne beaucoup de peine. Durant quelques heures, il semble lutter héroïquement contre la chaleur.
Puis arrive généralement le moment critique.
Vers quatre heures du matin.
L’air se fige.
Le ventilateur paraît alors changer de camp et nous envoyer directement l’air chaud du désert.
La transpiration devient omniprésente.
Le sommeil joue à cache-cache.
On finit par s’endormir d’épuisement.
Et quelques minutes plus tard, du moins c’est l’impression que l’on a, le réveil sonne déjà.
Nous avons dormi.
Mais nous ne nous sommes pas vraiment reposés.
Heureusement, une nouvelle journée à Fatick nous attend, et l’énergie revient presque miraculeusement au contact des autres.

Une famille née à des milliers de kilomètres de chez soi
Au bout de quelques jours seulement, un sentiment inattendu s’installe.
Celui d’être chez soi.
Comment expliquer cela ?
Peut-être par les sourires.
Par les repas partagés.
Par les éclats de rire.
Par cette attention constante que chacun porte aux autres.
Toujours est-il qu’une nouvelle famille se crée.
Une famille choisie.
Une famille de cœur.
Et cette sensation d’appartenance laisse une empreinte profonde.

Le temps des au revoir
Comme toutes les belles aventures, celle-ci semble accélérer au moment où l’on souhaiterait la retenir.
Déjà, vient le temps du départ.
Les adieux sont chargés d’émotion.
On évoque l’année prochaine.
On se remémore les moments forts, les fous rires, les défis relevés ensemble.
Deux cultures se sont rencontrées, enrichies mutuellement et parfois même entremêlées.
Des visages resteront gravés dans nos mémoires.
Des voix continueront longtemps à résonner dans nos cœurs.
Puis chacun reprend le chemin de sa vie, de sa famille, de son école et de ses projets.
La rentrée scolaire approche déjà pour beaucoup.

Merci la Vie
Tout au long de ce séjour, un mantra s’est imposé à moi avec une évidence croissante :
MERCI LA VIE.
Merci pour les rencontres.
Merci pour les découvertes.
Merci pour les apprentissages.
Merci pour ces instants qui nous rappellent l’essentiel.
Je souhaite à chacun de pouvoir vivre un jour une expérience semblable. Être transporté sur un autre continent, au cœur de cultures riches, lumineuses, joyeuses et profondément vivantes.
Car au-delà des kilomètres parcourus, des ateliers menés ou des formations dispensées, c’est peut-être cela que l’on rapporte dans ses bagages :
La conviction que, partout dans le monde, l’éducation est avant tout une aventure humaine.
Et qu’effectivement, comme le disent si bien nos amis de Fatick :
« On est ensemble. »

Publié le9 août 2026
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